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Quelques croyances et usages de Sébastien Castellion

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Invité


Invité
A lire sur mon blog :
http://libertedecroyance.blogspot.com/2008/02/quelques-croyances-et-usages-de.html

Jésus n’est pas « descendu aux enfers ». Cette formule du Symbole des Apôtres est une répétition de « à été enseveli » (probablement comprend-il « enfer » dans son sens premier « la tombe », lieu où réside le corps sans vie). Il n’y a donc ni séjourné ni gouté aux supplices des damnés.

L’homme n’est pas prédestiné à être sauvé ou damné.

L’homme dispose du libre arbitre.

Il considère que la croyance en la Trinité n’est en rien nécessaire au salut. Le Symbole d’Athanase est un sophisme. Cette croyance n’est pas démontrée explicitement dans la Bible.

Il donna sa préférence au baptême des adultes.

Il utilisa le nom de Dieu dans ses écrits sous la forme Jove ou Jova.

Prêcha la liberté totale de conscience religieuse.

Prêcha la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Les affaires religieuses ne concernent pas les autorités civiles.

Il s’attacha à utiliser des termes compréhensibles pour tous y compris les moins instruits. Sa version de la Bible a préfigurée la traduction moderne de l’Ecriture Sainte.

Autres croyances

Il émie des doutes sur la canonicité du Cantique des Cantiques en raison de son caractère « sensuel » (mais ne le retira pas de ses traductions tant latines que françaises).

Il croyait en une certaine universalité de la révélation divine. Selon lui, Grecs et autres Babyloniens ont pu recevoir des messages de la part de Dieu car certains de leurs écrits semblent en témoigner. Il demeura cependant fidèle à l’Ecriture Sainte et, tout en prêchant la tolérance, ne céda pas à une croyance strictement universaliste.

Josué

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Administrateur
si je comprend bien il n'était pas d'accord avec CALVIN sur la prédestination ?

Invité


Invité
Non seulement en désaccord avec la prédestination mais avec beaucoup d'autre chose !

Josué

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Administrateur
Fabien Girard a écrit:Non seulement en désaccord avec la prédestination mais avec beaucoup d'autre chose !
quoi entre autre ?

Invité


Invité
Il n'était pas d'accord pour dire que les anabaptistes avaient tort de rejeter le baptême des enfants.
Il ne s'est pas prononcé pour ou contre mais a en tout cas dénoncé l'usage consistant à traiter les autres d'hérétiques.
Il a rejeté la trinité comme base du salut.
Par dessus tout, c'est ce qui ressort de son livre "de arte dubitandi",il dénonça l'austérité des Genevois.
Calvin fut un dogmatique, Castellion un libéral.
Il faut lire l'ouvrage de Ferdinand Buisson : Sébastien Castellion, sa vie, son œuvre
Tome 1 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k209976b
Tome 2 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k209977q
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Mikael

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MODERATEUR
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André Gounelle
Cet article comporte quatre parties. La première retrace les grandes lignes de la vie de Castellion. La deuxième porte sur sa querelle avec Calvin à la suite de l'exécution de Michel Servet. La troisième traite de son œuvre, de ses travaux, et la quatrième s'intéresse au regard qu'on a porté sur lui, à l'influence qu'il a exercée jusqu'à nos jours.
1. Esquisse biographique
De l'enfance et de la jeunesse de Castellion, on ignore pratiquement tout. Il naît en 1515 à Saint Martin du Fresne, près de Nantua, dans l'Ain, d'une famille de paysans honnêtes, mais sans grande instruction.
Lyon et Strasbourg (1535-1541)
Comment Sébastien a-t-il été amené à faire des études ? Nous ne le savons pas. En 1535, il est à Lyon au collège de la Trinité, où il acquiert une connaissance approfondie du latin et du grec. Pour des raisons et sous des influences dont il ne parle jamais, il se rallie aux "idées nouvelles" comme on disait alors pour désigner la Réforme. En 1540, peut-être à cause de mesures de répression visant les protestants, il quitte Lyon et va à Strasbourg.
À son arrivée dans la capitale alsacienne, Castellion loge quelques jours chez Calvin, qui était alors pasteur de la paroisse francophone de la ville. N'ayant qu'un petit traitement qui ne lui permettait pas de vivre décemment, Calvin louait des chambres, de préférence à des étudiants. Faute de place, Castellion ne reste qu'une semaine chez le Réformateur, mais il continue à fréquenter sa maison et noue des liens amicaux avec les pensionnaires qui y logeaient. Il en soigne même certains avec dévouement et courage au cours d'une épidémie de peste qui atteint la ville à un moment où Calvin lui-même se trouvait en Allemagne, à Ratisbonne, pour des négociations avec les luthériens et les catholiques, et Calvin l'en remerciera beaucoup. Quelles étaient les occupations et les ressources de Castellion à Strasbourg ? La documentation dont nous disposons ne permet pas de répondre à cette question.
Genève
En septembre 1541, Calvin retourne à Genève d'où il était parti en 1538 à la suite de conflits avec les conseils de la ville. Parmi les tâches qui lui incombent, il y a celle d'organiser l'enseignement. Pour diriger le collège de la ville, après le refus de maîtres réputés, Calvin fait appel à Castellion dont il a constaté à Strasbourg qu'il était pieux, travailleur et savant. Castellion, à 26 ans, devient régent à titre d'abord intérimaire, puis définitif. Il se met à la tâche avec ardeur, et rédige des manuels qui mettent en vers latins et transposent en français des scènes bibliques. Très vite deux querelles théologiques opposent Castellion et Calvin.
La première concerne le Cantique des cantiques. Que l'on trouve dans la Bible un poème érotique (lascif, écrit Calvin) choque tout autant Castellion que Calvin, mais ils en tirent des conclusions opposées. Dans la ligne de la tradition exégétique du Moyen Age, Calvin, pourtant en général plutôt hostile à ce type d'interprétation, en propose une lecture allégorique. Les deux amants du poème seraient Dieu et l'âme croyante, ou le Christ et l'Église. Castellion juge insoutenable, indéfendable, contraire à la méthode humaniste cette lecture. Le Cantique des cantiques est pour lui un poème charnel qu'on a introduit par erreur dans la Bible. Il faut, pense-t-il, l'en enlever, le rendre à la littérature profane.
Le deuxième dissentiment concerne le symbole dit des apôtres ou Credo. Le débat porte sur la descente de Jésus aux enfers entre sa mort et sa Résurrection. Calvin voit dans le "il est descendu aux enfers" une expression métaphorique qui signifie que Jésus est allé jusqu'au bout ou jusqu'au fond de la souffrance, qu'il a connu la pire des douleurs qu'on puisse éprouver. Castellion déclare qu'il s'agit là d'une spiritualisation historiquement inexacte. Les rédacteurs inconnus du symbole ont voulu dire que Jésus a pénétré et séjourné entre le vendredi saint et Pâques dans le séjour des morts, cet espace en général localisé sous la terre.
Ces deux querelles apparaissent subalternes et sans grande portée existentielle ni doctrinale. Néanmoins, elles enveniment les relations entre les deux hommes. Quand Castellion, à qui son salaire de régent ne suffit pas pour vivre, d'autant plus qu'il s'est marié et a des enfants, demande, en 1544, à être reçu comme pasteur (il prêchait régulièrement dans une banlieue de Genève), la compagnie des pasteurs réunie sous la présidence de Calvin, le lui refuse à cause de ses opinions sur ces deux points, tout en reconnaissant qu'ils n'ont pas une importance capitale.
Bâle
La situation de Castellion devient difficile. Il manque d'argent. Il sait qu'on le surveille, qu'on n'a pas confiance en lui. À la suite d'un échange assez vif avec Calvin dans une réunion de prédicateurs, il décide d'aller s'installer à Bâle, la ville des humanistes. Il y arrive en 1545.
Il y gagne misérablement sa vie par des travaux manuels (porteur d'eau, scieur), et comme correcteur d'imprimerie. Il n'a pas assez d'argent pour se chauffer, et nourrir convenablement les siens. Ce qui ne l'empêche pas de travailler intensément. Il publie une traduction française originale de l'ensemble de la Bible (cette publication n'arrange pas ses relations avec Genève qui patronne et préconise la traduction d'Olivétan, un cousin de Calvin). En 1553, il est nommé professeur de grec à l'Université, ce qui lui donne, enfin, une relative aisance. Il s'y heurte constamment à l'hostilité des calvinistes qui, à tout propos, sur la prédestination, sur ses traductions ou commentaires de la Bible lui créent des ennuis, lui intentent des procès pour hérésie et ceci jusqu'à sa mort, mais ses collègues de Bâle le soutiennent et le défendent efficacement, tandis que Mélanchthon, le successeur de Luther, l'assure de son amitié et de son estime. Il meurt à l'âge de 48 ans, le 29 décembre 1563, cinq mois avant Calvin.
Castellion incarne une figure assez typique de la Renaissance, celle de l'érudit infatigable travailleur, et démuni de ressources (dans ses Essais, Montaigne fait une allusion à Castellion que, comme un autre savant, on a laissé mourir de faim). Toutefois, Castellion sort du lot par sa grande querelle avec Calvin et aussi par l'originalité de sa pensée.
2. La polémique à propos de Servet
À côté des deux désaccords un peu secondaires que l'on vient de mentionner, Castellion, alors qu'il vit à Bâle, s'oppose durement à Calvin à propos de l'exécution de Michel Servet.
Michel Servet
Servet, médecin espagnol, publie en 1531, à Haguenau, un petit livre d'environ 120 pages intitulé De Trinitatis erroribus qui attaque violemment la doctrine trinitaire. On trouve un exemplaire de l'édition princeps (quatre ou cinq seulement ont été conservés) à la bibliothèque de la Faculté de Théologie protestante de Montpellier. Au seizième siècle, les antitrinitaires passent pour de dangereux et odieux blasphémateurs. Ni les catholiques, ni les réformés, ni les luthériens n'ont pour eux la moindre indulgence. Partout en Europe, à l'exception de la Pologne et de la Transsylvanie, ils sont pourchassés, arrêtés, condamnés, exécutés. Servet se cache sous un nom d'emprunt, et exerce la médecine à Vienne, dans la vallée du Rhône. En même temps, en secret, il rédige un ouvrage intitulé Christianismi Restitutio, par quoi il faut entendre le retour au christianisme originel, celui de Jésus et des disciples, antérieur aux formulations trinitaires et christologiques des grands conciles des quatrième et cinquième siècles.
En 1553, Servet fait imprimer clandestinement son livre et en envoie un exemplaire à Calvin, en lui demandant "son opinion fraternelle". Un proche de Calvin communique ce texte depuis Genève à l'un de ses cousins catholiques habitant Lyon, qui le remet à l'inquisition (avec des lettres que Servet avait adressées à Calvin et qui permettent de le localiser et de l'identifier). Cette transmission s'est elle faite à l'insu, sur les instructions, avec l'accord, ou avec la complicité passive du Réformateur ? On n'en sait rien, mais cet épisode alimente un soupçon qui pèse lourdement sur la mémoire de Calvin. L'inquisition fait arrêter Servet, qui parvient à s'échapper, et qui tente de gagner Zurich, pour aller de là se cacher en Italie. Il passe par Genève, où il se rend au culte. Il est immédiatement reconnu et arrêté, passant ainsi, en quelques semaines, des geôles catholiques aux protestantes.
L'exécution
Servet est rapidement jugé et condamné. Ce n'est pas Calvin, mais le Conseil de Genève qui prononce la sentence. Il n'en demeure pas moins hautement probable que si le Réformateur s'y était opposé ou avait conseillé un bannissement, il aurait été suivi. Servet, condamné, demande d'avoir un entretien en tête à tête avec Calvin qui accepte. D'après Calvin, qui a raconté cette scène avec une froideur féroce, Servet "voulait lui crier merci", et le réformateur lui répond par un cours de théologie, comme s'il argumentait dans un salle de classe. Servet est brûlé vif sur le plateau de Champel, aux portes de Genève, le 27 octobre 1553. Devant le bûcher, Servet prie : "Jésus, Fils du Dieu éternel, ai pitié de moi". D'après l'un des récits de l'exécution (ils ne concordent pas tous), Farel, censé l'assister, lui dit : "au lieu de 'Fils du Dieu éternel', tu dois dire 'Fils éternel de Dieu'." S'il avait prononcé cette deuxième formule, commente Théodore de Bèze, il n'aurait pas été exécuté. Il y a certes une différence théologique considérable entre les deux énoncés, mais valent-elles la vie d'un homme ? La condamnation de Servet inquiète, trouble, agite l'opinion protestante qui a de la peine à l'admettre. Avant l'exécution, le Conseil de Genève consulte les grandes cités réformées pour avoir leur avis, tandis que Calvin publie en février 1554 un livre terrible, Déclaration pour maintenir la vraie foi, qui légitime la mise à mort des hérétiques.
La réaction de Castellion
Castellion entre alors en scène. L'exécution de Servet l'indigne, le révolte ; elle lui paraît criminelle, et contraire aux principes défendus, proclamés par la Réforme. Comment peut-on à la fois reprocher aux catholiques de persécuter les réformés, et se faire soi-même persécuteur ? Le persécuteur, quel qu'il soit, est toujours coupable d'inhumanité. Le persécuteur protestant est doublement coupable, car il se contredit lui-même ; il nie la cause et les principes qu'il prétend représenter.
Castellion publie, un mois après le traité de Calvin, une anthologie de textes de Pères de l'Église et d'auteurs du seizième siècle (dont Calvin lui-même) qui réprouvent des exécutions pour cause d'hérésie. Les textes sont encadrés d'une préface et d'une postface rédigées sous des pseudonymes par Castellion. Ce livre, dont il identifie vite l'auteur, met Calvin en fureur, et Théodore de Bèze y répond, en septembre de la même année 1554, par une apologie qui reprend l'argumentation de Calvin.
Castellion riposte en écrivant un deuxième ouvrage Contre le libelle de Calvin. La censure n'en autorise pas la publication, et il ne paraîtra qu'en 1612 aux Pays-Bas. Dans cet écrit admirable, se trouve la phrase fameuse : "Tuer un homme, ce n'est pas défendre une doctrine, c'est tuer un homme". S'adressant à Calvin, Castellion l'apostrophe : "Nous diras-tu, à la fin, si c'est le Christ qui t'a enseigné à brûler des hommes ?". Castellion ne préconise cependant pas une tolérance sans limites. S'il demande que les chrétiens ne condamnent pas les juifs et les musulmans, et réciproquement, par contre, il s'en prend à ces athées que sont à ses yeux Rabelais et Dolet ; il estime qu'ils n'ont pas leur place dans une cité chrétienne ; mais qu'on ne le tue pas, qu'on se contente de les expulser, de les exiler.
Ce traité a la forme d'un dialogue entre Calvin et un interlocuteur fictif. Castellion ne met dans la bouche du Réformateur que des phrases qu'il a écrites dans ses divers ouvrages, et les citations sont rigoureusement exactes. L'interlocuteur fictif, celui qui exprime et défend son point de vue, Castellion le nomme Vaticanus. Étrange. Veut-il dire que finalement Rome se montre plus ouvert et tolérant que Genève ? Mais Castellion sait bien que l'inquisition, après la fuite de Servet de la prison de Vienne, l'a condamné au bûcher. A-t-il choisi Vaticanus, comme on l'a supposé, parce que c'est presque, à deux lettres près, l'anagramme de Calvinus ? Il me semble plus vraisemblable que ce nom veut simplement brouiller les pistes.
La controverse s'arrête, Castellion n'ayant plus la possibilité de s'exprimer. Il rédige en 1555 une dernière réponse à Calvin, dont on a découvert la manuscrit en 1938, et qu'on a publié en 1971. De son côté, chaque fois que par la suite Calvin mentionne Castellion, il le qualifie de chien ou de Satan.
On a dit que dans l'affaire Servet, Castellion avait sauvé l'honneur de la Réforme. Je n'en sais rien, car la tâche demeure, indélébile. Castellion a, en tout cas, montré que la conduite de Calvin ne faisait pas l'unanimité parmi les réformés.
3. Les travaux de Castellion
Castellion a beaucoup écrit. On peut répartir ses œuvres en cinq catégories.
- Premièrement des manuels scolaires, en particulier des livres de lecture pour apprendre le français et le latin, dont certains sont restés en usage en Allemagne, jusqu'au dix-huitième siècle (la dernière édition, parue à Francfort, date de 1767). Castellion écrit surtout des dialogues (137 en tout, publiés entre 1542 et 1547), probablement pour faire jouer aux enfants de petits saynètes. La plupart reprennent, et transposent en latin ou en français des histoires bibliques. Le dialogue constitue une intéressante innovation pédagogique, que Castellion n'a pas inventée, mais qu'il a utilisée systématiquement et intelligemment pour un enseignement agréable et vivant.
- Deuxièmement, Castellion édite, selon les méthodes et les principes de l'humanisme, quantité de classiques grecs : Xénophon, Hérodote, Diodore de Sicile, Homère. Ces éditions, honorables, seront vite surclassées par celles éditées par Robert Estienne.
- Troisièmement, Castellion fait de nombreuses traductions, dont l'une de la Bible. A partir de l'hébreu et du grec, il en établit une version latine, publiée en 1551, puis une version française éditée en 1555. Si personne ne met en cause sa connaissance et sa maîtrise des langues, par contre on conteste ses choix de traducteur. Par exemple, il rend le grec aggelos (ange) par le latin genius génie ; il rend baptisma (baptême) par lotio (lavage), et ekklesia, église (le mot veut dire en grec assemblée) par respublica, république. En français, il essaie de traduire la Bible dans la langue courante, banale, vulgaire, pas en style noble. Il veut s'adresser aux ignorants, et non aux gens de lettres ou de cour. Aussi use-t-il, je cite "d'un langage commun et simple, le plus entendible qu'il a été possible". Ainsi, quand il rencontre le "en vérité en vérité je vous le dis" qui introduit certaines paroles de Jésus, il le rend par "je vous l'assure". Ce ne sont pas les foules, mais des "tas de gens" qui entourent Jésus. L'odorat devient "flairement", l'holocauste "brûlage", ou "flammage". Il forge des mots comme "enfantons" (petits enfants), "songe-malice" (pour "ingénieux au mal"), "arrière-femme" pour deuxième épouse. Il écrit : "Ne jasez pas beaucoup" pour "n'usez pas de vaines redites" ; "une noire et mortelle vallée" pour "la vallée de l'ombre de la mort". Les traducteurs actuels de la Bible jugent très intéressante cette tentative de traduction populaire. À l'époque, elle a choqué ; on ne la trouvait pas convenable ; on l'accusait de ne pas respecter la majesté de la Bible. Henri Estienne, le fils de Robert, lui adresse le reproche suivant : "au lieu de chercher les plus graves mots et manières de parler, il s'est étudié à parler le jargon des gueux". Cette traduction ne manque cependant pas d'allure. Je vous lis la première phrase de la Genèse dans la version qu'elle propose : "Premièrement, Dieu crée le ciel et la terre. Comme la terre était néant et lourde et ténèbres par dessus l'abîme et que l'esprit de Dieu se balançait par dessus les eaux, Dieu dit 'Lumière soit'. Et lumière fut".
- Quatrième catégorie d'écrits : ceux qui défendent la tolérance (un mot que Castellion n'emploie jamais ; il a d'ailleurs un sens négatif jusqu'au dix-huitième siècle ; tolérer ne veut pas dire alors admettre la différence, mais permettre ce qui devrait être interdit). Aux œuvres que j'ai citées à propos de l'affaire Servet, il faut ajouter le Conseil à la France désolée, publié en 1562. Ce livre, qui a été condamné par le Synode National des Églises Réformés à Lyon en août 1563, réprouve tout autant les huguenots que les catholiques qui lèvent des troupes et prennent les armes, qui persécutent et pratiquent le forcement de conscience au nom de Christ en oubliant qu'il enseigne l'amour et le respect des autres. Castellion plaide pour qu'on laisse les deux religions libres, "que chacun tienne sans contrainte celle des deux qu'il voudra".
- Enfin, dans le domaine proprement théologique, Castellion a écrit plusieurs traités et surtout un livre intitulé De l'art de douter et de croire, d'ignorer et de savoir, où alternent des idées ou des argumentations qui datent avec des passages d'une étonnante modernité. Cet écrit, à la fois de son temps et très en avance sur son temps, joint une grande piété avec une réflexion critique de haut niveau. Il comprend deux parties. La première, une sorte de discours de la méthode, porte sur l'explication et l'interprétation de textes bibliques, et pose les bases d'une explication rigoureuse des textes. On doit les comprendre dans leur contexte historique, tenir compte de leur genre littéraire (prophétie, enseignement, poésie), ne pas oublier que nous disposons de manuscrits transcrits par des copistes qui comportent des omissions et des erreurs. De plus, tout dans la Bible n'est pas Parole de Dieu ; l'inspiration divine s'y mélange avec des idées et de formulations humaines. Contre Calvin qui affirme que tout y est parfaitement clair, Castellion souligne l'obscurité et l'ambiguïté de nombreux passages, ce qui rend possibles et légitimes des interprétations différentes. La deuxième partie du livre porte sur la foi. Elle est confiance en Dieu, amour du prochain, et non connaissances de choses surnaturelles. Nos croyances ou doctrines, sur la Trinité ou sur la Cène par exemple, sont toujours approximatives, discutables et révisables. On ne doit donc pas leur donner une valeur absolue ; par contre la pureté de la vie, l'amour du prochain sont des impératifs absolus. S'il se nourrit de la Bible, le croyant ne rejette pas, mais utilise ce don de Dieu qu'est la raison ou l'intelligence humaine ; il n'a pas à en faire le sacrifice. Calvin reproche à Castellion, comme d'ailleurs à tous ceux qui réfléchissent et s'écartent des thèses du réformateur, d'être trop raisonneur et sceptique. De l'art de douter et de croire mériterait d'être plus connu. Si ce livre comporte quelques faiblesses, il fait partie des grandes œuvres de l'histoire de la théologie protestante, et il devrait y être un classique à côté des œuvres de Calvin, de Luther et de Zwingli.
4. L'historiographie
1. Du seizième au dix-neuvième siècle
De son vivant, Castellion jouit d'une certaine notoriété en tant qu'humaniste et pédagogue, mais ses autres travaux sont peu connus. Ils seront mis en valeur par une série peu banale de non conformistes. Fausto Socin (1539-1601), le théologien de l'unitarisme ou antitrinitarisme, en séjour à Bâle entre 1574 à 1578, s'enquiert des papiers de Castellion qui avait correspondu et peut-être collaboré avec son oncle Lelio. On lui communique des manuscrits où Castellion critique la double prédestination, et il les publie. Ces traités intéressent vivement le Hollandais Coornhert (1522-1590), un personnage original et attachant. Malgré de profonds désaccords avec l'Église romaine, il reste catholique et n'adhère pas au protestantisme parce qu'il trouve inacceptable la doctrine de la double prédestination, et révoltante l'intolérance des réformés, parfois plus forte que celle des catholiques. Coornhert traduit et publie en hollandais quelques textes de Castellion. "Dans une page de Castellion, écrit-il en 1580, je trouve plus de vérité, plus de piété et d'édification que dans tous les livres de Calvin et de Bèze". Les écrits de Coornhert exercent une grande influence sur les remonstrants, des réformés antiprédestinatiens et anticalvinistes, qui se rallient aux thèses d'Arminius (1560-1609), lui-même marqué par Coornhert. La charte fondatrice de la communauté des remonstrants, en 1610, reprend littéralement certaines formules de Castellion, sans toutefois mentionner son nom. Les remonstrants font venir de Bâle des manuscrits de Castellion, qu'il déposent dans leur bibliothèque de La Haye. Ils publient ceux qui leur semblent d'actualité dans cette Hollande où les calvinistes tentent d'imposer leur dictature. En 1744, un des professeurs au séminaire des remonstrants à Amsterdam, Wetstein (1693-1754), consacre à Castellion un cours d'une année.
Le XXe siècle
À l'exception de ces marginaux que sont alors les remonstrants, aux dix-huitième et dix-neuvième siècles, on ne le mentionne que rarement et rapidement à propos de l'exécution de Servet. Il n'est pas tout à fait inconnu, mais il est très peu et très mal connu.
Il sort de l'oubli en 1892, où Ferdinand Buisson publie chez Hachette, en deux volumes, la thèse qu'il a consacrée à Castellion et qu'il a soutenue l'année précédente en Sorbonne. Cette thèse, écrite dans une très belle langue, avec une méthode rigoureuse, joint érudition et intelligence.. Après quelques déboires ecclésiastiques (il essaie en vain de réformer en un sens libéral l'église protestante de Neuchâtel), Buisson entre dans l'éducation nationale, il collabore étroitement avec Jules Ferry à la création de l'enseignement primaire laïc, qu'il dirige avec beaucoup de compétence et une grande autorité avant de se lancer dans une carrière politique. De protestant libéral, il devient petit à petit un libre penseur spiritualiste. Il milite activement dans l'affaire Dreyfus pour une révision du procès, et préside longtemps la Ligue des droits de l'Homme. Il reçoit le prix Nobel de la Paix en 1927. Castellion l'intéresse à plusieurs titres : à cause de son combat pour la tolérance, parce qu'il est un libre croyant chez qui la foi s'allie avec le savoir et la rationalité, mais aussi en raison de son œuvre pédagogique à laquelle sa thèse de doctorat donne beaucoup d'importance, et dont elle montre l'intérêt.
Vingt-deux ans après, en 1914, Étienne Giran, un pasteur français au service de l'Église wallonne des Pays-Bas, qui pour résistance au nazisme, devait mourir avec son fils en 1944 à Buchenwald, publie un livre qu'il présente comme un complément à celui de Buisson ; complément, d'une part, parce qu'il a pu consulter des textes auxquels Buisson n'avait pas eu accès ; et, d'autre part, parce qu'il insiste plus que ne l'avait fait Buisson sur la pensée proprement religieuse et théologique de Castellion, sur sa compréhension du message évangélique et sa conception de la vie chrétienne. Encore vingt deux ans se passent, et en 1936, Stéfan Zweig, sur la suggestion d'un pasteur libéral de Genève, Jean Schörer, publie un livre intitulé Castellion contre Calvin ou conscience contre violence (traduction française en 1946), ouvrage émouvant et courageux (car en arrière-fond il s'en prend à l'hitlérisme), mais qui n'apporte rien de nouveau du point de vue historique. E. Léonard, dans son Histoire du Protestantisme, qualifie ce livre de "vulgarisation romancée", ce qui est un peu trop méprisant. Zweig, reprenant un thème qui lui est cher, entend montrer que les vaincus du présent deviennent dans la longue durée les véritables triomphateurs de l'histoire. Castellion, en son temps réduit au silence, l'emporte à nos yeux sur son vainqueur du moment Calvin. En 1953, pour le quatrième centenaire de l'exécution de Servet, paraissent deux volumes d'études sur Servet et Castellion ; l'un plus érudit, se situe dans la mouvance du congrès international des sciences historiques ; l'autre destiné à un grand public cultivé répond à un souhait de l'I.A.R.F. association internationale pour un christianisme libéral. Une contribution (mais d'autres y font allusion) souligne que l'affrontement entre communistes et anticommunistes divise l'Europe, comme la divisait au seizième siècle la discorde entre catholiques et protestants, et que l'appel à la tolérance, dans ce contexte, n'a rien perdu de son actualité. En 1963, Charles Delormeau publie un livre sur Castellion qui est une compilation sans grande originalité des ouvrages de Buisson et de Giran. A cette liste de publications, il faut ajouter quelques articles de seizièmistes dans des revues ou ouvrages ultra-spécialisées, cinq ou six en tout.
Les éditions ont été longues à venir. Le traité Contre le Libelle de Calvin est publié seulement en 1612, au Pays Bas par les remonstrants. Il n'a été traduit en français qu'en 1998. La bibliothèque des remonstrants de Rotterdam conserve le manuscrit d'une œuvre de Castellion, dont j'ai déjà dit que je la considérais comme majeure, De l'art de douter et de croire, d'ignorer et de savoir. Elle a été publiée pour la première fois intégralement en 1937, en Italie dans une édition pour spécialistes qui contient des écrits hérétiques du seizième siècle. Buisson et Giran n'en ont connu que quelques extraits publiés au dix-huitième siècle par Wetstein. Une traduction française paraît en 1953, et le pasteur Philippe Vassaux la réédite en 1996 à La Cause. En 1967, Droz publie le Conseil à la France désolée, de 1562.
Castellion et le protestantisme libéral
À quelques exception près, ces études et ces traductions proviennent de gens qui se situent dans la mouvance du protestantisme libéral. Les protestants libéraux trouvent en Castellion un ancêtre selon leur cœur, ils voient en lui un protestant exemplaire. Ils le mettent en contraste de manière polémique avec Calvin. Ainsi, Giran oppose les deux réformes : la réforme luthéro-calviniste, étroite, dogmatique, intransigeante et bornée, et la réforme humaniste, ouverte, généreuse, intelligente et tolérante dont Castellion est la figure de proue. Giran plaide ardemment pour que le protestantisme moderne élimine les rigidités doctrinales, et fasse triompher le courant libéral au lieu de se crisper dans des orthodoxies sectaires.
L'affaire Servet a toujours beaucoup embarrassé les réformés, et leurs adversaires, en particulier les catholiques l'exploitent volontiers et abondamment. Ainsi, en 1683, deux ans avant la Révocation de l'Edit de Nantes, le Père Maimbourg écrit que l'exemple même de Calvin montre la légitimité de persécuter ceux qui s'écartent de la vérité. Du côté des philosophes, Voltaire se sert de Castellion pour dénoncer l'intolérance de Calvin et des genevois qui ne valent pas mieux que les catholiques. Plusieurs monuments, que Valentine Zuber a étudiés dans sa thèse de doctorat, commémorent Servet. Parmi ces monuments, le plus connu est une stèle élevée en 1903 à Champel, à l'endroit précis du supplice de Servet. Cette stèle porte l'inscription suivante, rédigée par Émile Doumergue, professeur à la Faculté de Théologie de Montauban et fervent calviniste : "Fils respectueux et reconnaissants de Calvin, notre grand réformateur, mais condamnant une erreur qui fut celle de son siècle, et fermement attachés à la liberté de conscience selon les vrais principes de la Réformation, nous avons élevé ce monument expiatoire". Dans cette inscription, les protestants libéraux, qui n'éprouvent pas toujours beaucoup de respect ni de reconnaissance envers Calvin, même s'ils admirent la vigueur de sa pensée, contestent plus particulièrement les mots "une erreur qui fut celle de son siècle". Mauvaise et pitoyable excuse, disent-ils. Regardez Castellion ce contemporain de Calvin, à l'esprit généreux et ouvert. Et à Castellion on pourrait associer tous les catholiques et protestants que cite Joseph Lecler dans son Histoire de la tolérance. Ferdinand Buisson va plus loin. Dans sa thèse, il analyse de près, les unes après les autres, chacune des réponses des villes et principautés réformées interrogées par le Conseil de Genève sur la légitimité de la condamnation de Servet. Il souligne les réserves, les réticences, les gènes qui s'y expriment. Plus qu'une approbation massive, elles sont une concession consentie à contrecœur, qu'on n'a pas pu ou osé refuser pour des raisons diplomatiques. Les réponses des villes protestantes s'accordent pour condamner les opinions de Servet, mais ne se prononcent guère sur le châtiment à lui infliger. Non, ce n'est pas l'erreur d'un siècle, écrit le pasteur et historien Charles Bost, il y avait des partisans et des artisans de la tolérance au seizième siècle, même s'ils n'étaient qu'une minorité. Quelles que soient par ailleurs l'impressionnante grandeur, et les immenses qualités de Calvin, rien ne vient excuser sa faute ni atténuer son crime. Au contraire, son intelligence, sa science et sa piété auraient dû, plus que tout autre, l'en préserver et constituent des circonstances aggravantes.
Conclusion
Cette historiographie montre qu'on s'est surtout intéressé à Castellion dans des moments critiques : les luttes pour la liberté religieuse en Hollande, l'affaire Dreyfus, la montée du nazisme, la guerre froide. Que des gens remarquables par leur ouverture d'esprit, leur largeur de vues, leur intelligence et leur sens de l'humain se réfèrent à lui en des circonstances critiques et dramatiques fait honneur à Castellion. Il n'en demeure pas moins que du coup sa figure a été captée par la polémique, une polémique noble, certes, et qu'on a, par contre, trop négligé ses travaux érudits, et surtout la pensée théologique qu'il expose dans De l'art de douter et de croire, d'ignorer et de savoir. Il y définit une autre manière d'être réformé que celle de l'Institution Chrétienne, et une manière certainement plus parlante pour notre temps, plus proche de nous, intellectuellement plus solide, et à mon sens plus fidèle à l'évangile, même si l'expression n'atteint pas la clarté, la précision et l'élégance des textes de Calvin. Espérons que dans les années à venir cet aspect de l'œuvre de Castellion sera étudié et mis en valeur.
(Document theolib)

samuel

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malheureusement il existe peu de Castillion dans le monde qui ont cette ouverture d'esprit.

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Invité
Ça c'est certain !

As-tu lu le passage de Castellion que je reproduis sur mon blog ?

C'est un régal !

Castellion dialogue avec Athanase !
http://libertedecroyance.blogspot.com/2008/08/dialogue-avec-athanase.html

Pour partir ici encore, comme nous l'avons fait au livre précédent, de Dieu Lui-même, nous considérons tout d'abord la question de la Trinité.
La raison aperçoit qu'il y a un pouvoir divin ; nous l'avons démontré au début du livre précédent, et tous les peuples, en suivant la raison, s'en sont persuadés (sinon peut-être quelque race proprement sauvage, et qui avait mené dans les forêts une vie toute proche de celle des bêtes). Quant à savoir s'il y a un seul Dieu ou plusieurs, la raison ne l'aperçoit pas, ou difficilement ; c'est ainsi que le plus grand nombre des peuples, bien que doués de raison, mais privés de la révélation divine, ont adoré plusieurs dieux. Mais la venue du Christ, lumière du monde, fit que l'Asie, l'Europe et l'Afrique (qui étaient alors désignées comme les trois parties du monde) crurent à un seul Dieu, et malgré tant d'erreurs qui s'introduisirent par la suite, et au milieu de tant de crimes, elles n'ont cessé d'y croire, jusqu'à ce jour : si grande est la force de la lumière, lors même qu'elle brille dans les ténèbres. Il y a un Dieu : cette vérité, que personne ne saurait nier, ayant été admise de par la foi, il est permis ensuite à la raison de rechercher, sur cette base, s'il y a une Trinité et ce qu'elle est. La question est ardue, et il est périlleux de se prononcer fermement à ce sujet. Aussi me garderai-je de rien affirmer. Je soumettrai seulement aux réflexions des lecteurs une petite discussion en forme de dialogue, que son auteur n'a pas encore livrée au public. On jugera de sa valeur ; j'estime, quant à moi, qu'elle est digne d'être prise en considération. L'auteur imagine qu'il discute lui-même avec le Symbole d'Athanase, et commence en ces termes :

athanase. — Celui qui veut être sauvé, il est nécessaire avant tout, qu'il professe la foi catholique ; quiconque ne la gardera pas intégrale et inaltérée, sera perdu sans aucun doute et pour l'éternité.

l'auteur anonyme. — Il faut donc que la foi catholique soit telle que tous puissent la professer ; ces publicains, ces femmes de mauvaise vie, ce larron lui-même qui, suspendu a la croix, crut à Jésus-Christ, et fut sauvé (Luc xxiii, 40 sqq.), ont dû nécessairement, eux aussi, la professer ; sans quoi ils auraient été perdus.

athanase. — La foi catholique consiste à adorer un seul Dieu dans la trinité, et la trinité dans l'unité.

l'auteur. — Je ne pense pas que cette sorte de foi ait été commune à ces publicains et à ces femmes de mauvaise vie. Si tu le penses, prouve-le. Quant à moi, je n'en trouvai pas trace dans les Ecritures saintes. Si ce que tu écris est vrai, ; ces gens-là ont tous été perdus sans aucun doute et pour l'éternité ; à moins que tu ne parles pas du passé, mais de l'avenir. Mais ce n'est pas ton affaire, Athanase, de changer les temps à la mesure du tien, et de faire que ce qu'il n'était pas nécessaire de croire avant toi, le devienne après toi.
Je demande d'abord de l'unité ou de la trinité de quoi il s'agit. La trinité, c'est le nombre trois ; si l'on parle d'une « trinité » de feuilles (les imprimeurs disent en latin « ternio », en grec « triades ») on entend trois cahiers, et si l'on parle — dans le même vocabulaire — d'une « décade », il faut entendre dix cahiers. Or, de l'unité ou de la trinité de quoi parles-tu ? Si c'est de Dieu, ta proposition sera équivalente à celle-ci : « Nous devons adorer un seul Dieu dans une trinité de dieux, c'est-à-dire en trois dieux, et trois dieux en un Dieu. Proposition que je pense, tu n'approuverais pas. Si tu parles de personnes, il faudra dire : « Nous devons adorer une seule personne en trois personnes, et trois personnes en une personne. Et cela non plus, tu n'y souscrirais pas. Tu veux, en effet, que les trois ne forment pas une seule personne, comme tu le montres par ce qui suit. Si c'est de l'unité ou de la trinité de la substance que tu veux parler, il faudra alors entendre des paroles comme ceci : « Nous devons adorer la substance de Dieu en trois substances et les trois substances dans une seule substance. Mais si c'est vraiment là ta pensée, il y aura donc trois substances, c'est-à-dire trois dieux. Si plutôt il faut comprendre : « Nous devons adorer une seule substance, divine en trois personnes et trois personnes en une seule substance, tu t'exprimes d'une manière parfaitement obscure et bien énigmatique, ce qui ne convient guère à l'auteur d'un symbole de la foi qui doit être gardée par tous. Ce que tous doivent savoir, il faut au moins le dire de telle manière que cela puisse être compris par tous.

athanase. — II ne faut ni confondre les personnes, ni séparer la substance.

l'auteur. — Je voudrais bien savoir ce que tu nommes des personnes. Si tu entends personne comme le font les Latins, quand ils disent la personne de César pour César, la personne sera la même chose pour la substance, et ta formule n'aura aucun sens. Si, par contre, tu entends par personne, ce que nous entendions en disant d'un même homme, qui serait citoyen, cantonnier et père, que ce sont là trois personnes alors tu nous présentes le père, le fils et le Saint Esprit comme un seul et même être. D'où il suivra que quand le Christ ordonne de baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, c'est comme s'il avait ordonné de baptiser au nom d'un seul Dieu à trois noms. Ce qui est faux, et non moins absurde que de dire : telle chose a été faite au nom du fils d'Abraham, d'Isaac et du père de Jacob. Et quand le Christ à prié son père, il se serait prié lui-même. Et quand le père a engendré le fils, il se serait engendré lui-même. Et quand il à envoyé le Fils, et envoyé le Saint Esprit, il se serait envoyé lui-même. Nul ne niera que cela soit faux et insensé.

athanase. — Autre est, en effet, la personne du Père, autre celle du Fils, autre celle du Saint Esprit. Mais le Père, le Fils et le Saint Esprit ont une seule divinité, une égale gloire, une coéternelle majesté. Tel est le Père, tel est le Fils, tel aussi le Saint Esprit. Le Père est incréé, le Fils est incréé, le Saint Esprit est incréé. Le Père est immense, immense le Fils, immense le Saint-Esprit. Le Père est éternel, éternel le Fils, éternel le Saint Esprit.

l'auteur. — De toutes ces subtilités, je ne trouve pas trace dans les Saintes Ecritures, et tu exiges de nous plus que Dieu même qui ne nous a ordonné nulle part de croire ces choses.

athanase. — Et pourtant il n'y a pas trois éternels, en un éternel ; de même il n'y a pas trois incréés ou trois immenses, mais un seul incréé et un seul immense. De même le Père est tout-puissant, tout-puissant le Fils, tout-puissant le Saint Esprit. Et pourtant il n'y a pas trois tout-puissants, mais un seul tout-puissant. Ainsi le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint Esprit est Dieu, et cependant il n'y a pas trois dieux, mais un seul Dieu. De même le Père est le Seigneur, le Fils est le Seigneur, le Saint Esprit est le Seigneur, et cependant il n'y a pas trois Seigneurs, mais un seul Seigneur.

l'auteur. — C'est comme si lu disais : Abraham est un vieillard, Isaac est un vieillard, Jacob est un vieillard, et pourtant ce ne sont pas trois vieillards, mais un seul. Ou comme si tu disais : Le palmier est séculaire, le cèdre est séculaire, le chêne est séculaire ; et cependant ce ne sont pas là trois séculaires, mais un seul. En vérité, pour que je croie de telles choses, Athanase, il est nécessaire que je prenne congé de toute ma raison (cette raison qui est de beaucoup le plus excellent de tous les dons de Dieu, et par laquelle l'homme se distingue le plus des bêtes et ainsi, ayant échangé ma nature et mon jugement contre ceux des bêtes, je serais privé de cela même, qui est nécessaire pour croire. Il y eut autrefois un certain sophiste, du nom de Gorgias, qui osa prétendre que rien de ce qui existe, n'existe ; et Isocrate réfuta, comme il convenait, cette absurdité. Mais ce que tu avances ne me paraît pas moins absurde, quand tu affirmes que trois, dont tu dis que chacun est éternel, ne sont pas trois éternels. Quant à moi, Dieu, la nature, le langage de toutes les nations, la grammaire, la dialectique, l'arithmétique, s'accordent à n'enseigner que trois est trois, et que un est un, et que si telle chose est trois, elle n'est pas un, et que si elle est un, elle n'est pas trois, et ceux qui nient cela ne me paraissent pas plus que les bêtes, susceptibles de rien apprendre.

Ainsi s'exprime un auteur, dont j'ai voulu du moins soumettre les idées à la réflexion du lecteur. Et certes, si je pouvais défendre Athanase, je le ferais. Mais je dois confesser franchement que je ne puis. Si quelqu'un le peut, je l'approuverai de le faire. Loin de moi la pensée d'étouffer la vérité. Pour ce qui est de ma foi, je crois en un seul Dieu, Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, et en Jésus-Christ son Fils unique, notre Seigneur, et au Saint Esprit. C'est dans cette foi que je vis, et que je m'efforcerai, avec l'aide de Dieu, de vivre jusqu'à la fin. Je suis persuadé que ceux qui gardent cette foi simple, que l'on estime nous avoir été transmise par les apôtres, sont dans la voie du salut, même s'ils ne professent et ne croient pas je ne sais quelles subtilités inexplicables, introduites dans l'Église par quelque excès de zèle, après les temps de la simplicité apostolique. Si certains possèdent un esprit assez aigu, pour saisir ce que moi et ceux qui me ressemblent ne saisissons pas, tant mieux, je n'en suis pas jaloux. Mais exiger que cette acuité de l'esprit de tous ceux qui doivent être sauvés, ce serait — du moins à mon sens — fermer la voie du salut à la plus grande partie des hommes.

Sébastien Castellion – De l’art de douter et de croire, d’ignorer et de savoir, Livre II, De la Trinité

samuel

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Administrateur
JE TE REMERCIE DE NOUS FAIRE PART DU FRUIT DE TES RECHERCHES. BEAUX TRAVAIL .MERCI.

Mikael

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C'était un défenseur de la tolérance.
Après avoir vainement cherché ce qu'est un hérétique , je ne trouve autre chose sinon que nous estimons hérétiques tous ceux qui ne s'accordent avec nous en notre opinion.. Si en cette cité ou région , tu es estimé , en la prochaine tu seras estimé hérétique .
Qui détermine qui est hérétique ?

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