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FAUT-IL AVOIR PEUR DE LA CRITIQUE TEXTUELLE ?

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Josué


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FAUT-IL AVOIR PEUR
DE LA CRITIQUE TEXTUELLE ?

Article paru sur Internet à l'adresse : http://www.unpoissondansle.net/rr/0201/berthoud.html

par Jean-Marc BERTHOUD
J.-M. Berthoud habite à Lausanne. Il est théologien, écrivain et dirige la collection «Messages» aux éditions de l'Age d'Homme.


La critique textuelle est une question qui est bien trop souvent passée sous silence dans les milieux évangéliques et réformés confessants. D'une manière générale, la critique textuelle (ce que le jargon exégétique allemand appelle la «basse critique» pour la distinguer de la prétendue «haute critique» qui oeuvre, depuis belle lurette, à la déconstruction du texte de la Bible) est assez bien reçue dans les milieux qui restent attachés à l'inspiration, à l'infaillibilité et à l'autorité de la Bible.

En gros, la haute critique avec sa recherche de sources, ses hypothèses sur la datation des livres bibliques, sur les diverses théologies des évangélistes, de Paul, de Jean, de Pierre, ses spéculations sur la forme des textes, etc., est encore considérée avec une assez grande méfiance.

Ce n'est pas le cas pour la basse critique (ou la critique textuelle), dont les présupposés ont été adoptés pour l'établissement du texte grec à la base de la plupart de nos traductions de la Bible. Ainsi, bien des passages de nos Bibles figurent entre crochets carrés, et les notes qui accompagnent ces crochets sont truffées d'indications selon lesquelles tel ou tel passage ne se trouverait pas dans «les plus anciens manuscrits», ou encore qu'il ne figurerait pas dans «les meilleurs manuscrits» (Note : C'est le cas, par exemple, pour la Bible à la Colombe.)
Le lecteur qui, frappé par de telles indications, voudrait en savoir davantage, reste sur sa faim. Pourquoi, peut-il se demander, un manuscrit «ancien» en majuscules grecques (IVe siècle) serait-il nécessairement «meilleur» qu'un manuscrit «nouveau» écrit en minuscules (IXe siècle).
Une Bible des Témoins de Jéhovah du début de XXe siècle serait-elle nécessairement «meilleure» qu'une Bible à la Colombe de la fin de ce siècle ? Le critère du temps serait-il absolu ? Sur la base de quels critères de telles remarques sont-elles faites ?
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La première méthode d'établissement du texte du Nouveau Testament a, dans sa phase moderne, pris un essor à partir de la publication du Nouveau Testament grec par Erasme en 1516 à Bâle et, presque simultanément en Espagne, par une équipe de biblistes sous la direction du Cardinal Ximenes. Les deux textes, établis à partir de manuscrits grecs du Nouveau Testament, provenaient de ce que nous appelons aujourd'hui la tradition «Byzantine».
La seconde, qu 'on appelle couramment «éclectique», a pris son envol principal à partir de la découverte par Tischendorf, en 1859, d'un texte très ancien du Nouveau Testament dans un monastère orthodoxe au pied du Mont Sinaï. Cette découverte fut confortée par la mise en lumière, à la même époque, d'un manuscrit de type semblable "le Vaticanus" lui aussi issu de la tradition «alexandrine» des manuscrits du Nouveau Testament.
Cette dernière tient depuis lors le haut du pavé dans les milieux académiques; tandis que la première y est aujourd'hui presque totalement méconnue, même dans les milieux réformés et évangéliques qui se veulent fidèles à l'inspiration et à l'autorité de la Bible:

«On peut même dire que la critique textuelle moderne du Nouveau Testament est fondée sur une conviction fondamentale que le vrai texte du Nouveau Testament ne se trouve en tout cas pas dans la majorité des manuscrits. [ &] Ce rejet du texte traditionnel, c 'est-à-dire du texte préservé et transmis par les Eglises, n'est pas le sujet de discussions orales ni de débats écrits, c'est un fait accompli. [ &] Une investigation critique des raisons pour un tel rejet du texte byzantin rencontre rapidement la difficulté que ce rejet est accepté au XXe siècle comme un fait mais n'est aucunement défendu, n'étant pas une proposition susceptible d'être discutée.»
J. van Bruggen dans son ouvrage, The Ancient Text of the New Testament (Premier Publishing: Winnipeg, 1988 [1978]), 11,13,14.

Signalons d'abord, très brièvement, quelques erreurs de fait dans la position soutenue par les partisans de la critique textuelle (C'est la position proposée, par Alain-Georges Martin).
"Il est faux d'affirmer que l'on commence aujourd'hui «depuis peu» à s'intéresser aux citations bibliques chez les Pères ainsi qu'aux lectionnaires (recueils de textes liturgiques tirés du Nouveau Testament). Il n'est que de constater les recherches impressionnantes dans ce domaine du plus grand adversaire au XIXe siècle de la nouvelle critique textuelle du Nouveau Testament, John William Burgon (1813-1888).

Burgon - à l'encontre de ses collègues éclectiques, les Tischendorf, Westcott et Hort et leurs nombreux disciples qui se rabattaient essentiellement sur les textes de base de la tradition Alexandrine, (le Sinaïticus et le Vaticanus) - faisait un usage systématique de tous les documents à sa disposition, ce qui incluait les citations bibliques des Pères ainsi que les lectionnaires. C'est sa connaissance exemplaire de ce dernier domaine qui lui a permis de donner une explication au fait que le texte de la femme prise en flagrant délit d'adultère (Jean 7:53-8:11) ne figure pas dans certains manuscrits anciens de l'évangile de Jean. Comme Burgon l'a admirablement démontré dans son étude «Pericope de adultera (J. W. Burgon, «Pericope de adultera» in: The Causes of the Corruption of the Traditional Text of the Holy Gospels (The Dean Burgon Society, P. O. Box 354, Collingswood, NJ 08108, 1998 [1896]), 232-265.), la raison essentielle de l'absence de ce passage dans certains manuscrits se trouve dans le fait qu'il provenait de lectionnaires liturgiques (choix de textes bibliques destinés à êtres lus pendant le culte) et non du texte suivi de l'évangile de Jean. Précisons-le, les problèmes auxquels nous nous adressons ici ne concernent en fait que certains manuscrits défectueux du Nouveau Testament qui, par contraste avec la Tanak juive (l'Ancien Testament des chrétiens) dont le texte fut remarquablement préservé par la tradition massorétique, connaissent un nombre impressionnant de variantes.


Ceci nous amène à un deuxième point. Il est erroné de faire une opposition dialectique entre le camp «scientifique» - celui des partisans de la méthode éclectique - au camp des «fondamentalistes», les adhérents dogmatiques du texte reçu, ecclésiastique ou traditionnel du Nouveau Testament. Mais la difficulté est que cette opposition scientifique-fondamentaliste est tout simplement fausse. En réalité, il a existé (et il existe toujours) deux écoles de critique textuelle du Nouveau Testament, toutes deux ayant des prétentions strictement «scientifiques», mais dont les principes méthodologiques sont fondamentalement différents.

La suite de nos remarques sera essentiellement consacrée à une brève tentative de combler ce silence sur la méthodologie.

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i) Ceux qui sont pour la «nouvelle critique textuelle» nous parlent, d'abord, de la tradition scientifique de l'étude du Nouveau Testament, accusée de pratiquer une espèce de «terrorisme intellectuel» par sa prétention à aboutir à des conclusions intellectuellement contraignantes. Il s'agit ici de la méthode dite éclectique. Car nous avons affaire à un assemblage de divers textes établis en théorie sans a priori doctrinal et provenant d'une variété de manuscrits mis sur pied d'égalité et dont la lecture correcte serait choisie par les critiques selon certaines règles dans le dessein de tenter de reconstituer le texte original (considéré comme perdu) du Nouveau Testament. Les grandes figures de cette tradition qui, sur le plan textuel met le Nouveau Testament sur le même plan que n'importe quel autre livre humain, sont Lachmann, Tischendorf, Tregelles, Wescott, Hort, Nestle, Aland, Metzger, etc.

Pour cette tradition, il ne saurait, en aucun cas, être question d'affirmer que le Saint-Esprit aurait pu objectivement oeuvrer dans l'histoire en vue de la préservation du texte du Nouveau Testament et le protéger ainsi des défaillances humaines des copistes et de la malveillance des ennemis de la foi. Cette méthode, aujourd 'hui partout dominante, se rapporte manifestement à la tradition de l 'esprit des Lumières du XVIIIe siècle, celle d 'une modernité aux tendances résolument naturalistes, réductionnistes et scientistes.

ii) L'autre tradition, affublée du titre de «fondamentalisme rationaliste», a elle aussi des prétentions à être parfaitement scientifique. Seulement, elle affirme, sur la base des enseignements de la Bible, que le texte du Nouveau Testament, par son inspiration divine et son infaillibilité, possède un caractère qui lui est propre. Ce fait nécessite, pour son étude, l'utilisation d'une méthode appropriée au statut épistémologique exceptionnel de ce livre dont Dieu serait à la fois l'Auteur et le Conservateur.

Sur ce point, on ne saurait mieux faire que citer les remarques éclairantes d'un des principaux protagonistes de cette méthode scientifique fondée sur des présupposés bibliques, Edward F. Hills. C'est un spécialiste de l'étude textuelle du Nouveau Testament formé au Wesminster Theological Seminary sous John Murray, Edward J. Young et Cornelius Van Til et, par la suite, aux Universités de Yale et de Harvard. Voici ce qu 'il écrit:

«Ainsi il y a deux méthodes de critique textuelle du Nouveau Testament, une méthode chrétienne conséquente et une méthode naturaliste. Ces deux méthodes traitent des mêmes matériaux, des mêmes manuscrits grecs et des mêmes traductions de citations bibliques, mais ils interprètent ces matériaux différemment. Les méthodes chrétiennes conséquentes interprètent les matériaux de la critique textuelle du Nouveau Testament en fonction des doctrines de l'inspiration divine et de la préservation providentielle des Ecritures. La méthode naturaliste interprète ces mêmes matériaux en fonction de sa propre doctrine selon laquelle le Nouveau Testament n'est rien d'autre qu 'un livre humain.»

Et Hills ajoute,

«Il est triste de constater que les savants modernes qui ont des convictions bibliques n'ont manifesté que peu d'intérêt pour l'idée d'une critique textuelle du Nouveau Testament systématiquement chrétienne. Pour plus d'un siècle, la plupart se sont contentés de suivre dans ce domaine les méthodes naturalistes de Tischendorf, Tregelles, et de Westcott et Hort [avec comme conséquence que] les principes et les méthodes de la critique textuelle naturaliste du Nouveau Testament se sont répandus dans tous les domaines de la pensée chrétienne produisant à la longue une véritable famine spirituelle.»
E. F. Hills, The King James Version Defended (The Christian Research Press, P. O. Box 2013, Des Moines, Iowa 50310, USA, 1984 [1956]), 3.

Les travaux de Hills ne sont que l'aboutissement au XXe siècle d'une tradition plus ancienne d'étude des textes manuscrits du Nouveau Testament à la fois rigoureusement scientifique et méthodologiquement fondée sur des présupposés chrétiens. Cette tradition était dite ecclésiastique, car elle avait comme base les textes reçus comme faisant autorité dans l'Eglise grecque d'Orient.

Ce fut la tradition utilisée par le Cardinal Ximenes de l'école espagnole, par Erasme de Rotterdam, par Robert Estienne, par Théodore de Bèze, par les Elzevirs hollandais (qui ont fixé le Textus receptus), de John OwenJ. Owen («Integrity and Puritiy of the Hebrew and Greek Text» in John Owen, Works, XVI, «The Church and the Bible», (Edimbourg: The Banner of Truth Trust, 1976 [1658]), 281-421.) et de David Martin.
Disons, en passant, que la Bible de David Martin (La Sainte Bible qui contient le Vieux et le Nouveau Testament, expliqué avec des notes de Théologie et de Critique sur la Version ordinaire des Eglises Réformées, revue sur les Originaux, et retouchée dans le langage [ &] par David Martin (Deux Volumes, Folio, Amsterdam, 1707), récemment rééditée au Texas, est un des rares textes de la Bible française, aujourd 'hui disponible en librairie, qui nous donne une traduction en fonction du texte Ecclésiastique (ou Byzantin) du Nouveau Testament. Cette anomalie n'existe ni pour l'anglais (la version King James), ni pour l'allemand (la Bible de Luther), ni même pour l'espagnol (la Bible Reina-Valera), toutes couramment disponibles en versions modernisées.

Cette tradition textuelle «ecclésiastique» fut reprise au XIXe siècle, particulièrement en Angleterre, puis au XXe des savants américains en prirent la relève. Parmi les figures éminentes de cette école peu connue de critique textuelle du Nouveau Testament, citons les noms suivants :
http://biblemartin.com/html/1744_berthoud.htm

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