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Peindre la Shoah ne fut pas pour moi un choix délibéré,

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Josué


Administrateur
Témoigner de ces vies - Peindre la mémoire
[ Par Francine Mayran ]
Comment donner corps à l’indicible ? Comment supporter l’insupportable de ces morts sans sépultures, de ces enfants qui n’ont pas vécu ? Comment faire œuvre de témoignage et se tourner vers l’avenir en portant un message, en réveillant les consciences ?
Peindre la Shoah ne fut pas pour moi un choix délibéré, mais ce fut un cheminement. Je dirai comme le peintre américain Samuel Back que « c’est l’Holocauste qui m’a choisie pour être l'un de ses porteurs de témoignage ». Si peindre m’a toujours été nécessaire voire indispensable, peut être ce don ne m’a-t-il été donné que pour servir à la transmission de l’intransmissible du génocide d’hommes, de femmes et d’enfants dont le seul crime était d’être juifs ou tsiganes, comme celui d’autres d’avoir été arméniens en 1915, ou encore tutsi au Rwanda en 1994.
Depuis 2008, c’est en trois phases que mon travail de mémoire s’est construit: un temps où je peignais sans repérer que la Shoah se cachait déjà dans mes œuvres, puis un temps où je décidais de peindre des chômeurs et leur perte d’identité. C’est là que s’imposa à moi une toile à partir d’une photo d’un groupe de déportés. Ce fut alors un tourbillon, comme une évidence, peindre autre chose n’avait désormais pour moi plus de sens. Peindre pour laisser des morts une trace, peindre pour transmettre à mon tour le message des survivants. Comme un passeur de mémoire j’essaie de prendre le relais des derniers témoins directs qui peu à peu s'éteignent, pour m’adresser à de nouveaux témoins dans une chaine de transmission.

Ainsi depuis 2008, par des peintures, des céramiques et des textes, je construis un chemin de mémoire avec plus de 50 expositions à ce jour (au Camp du Struthof, au Mémorial d’Alsace-Moselle, au Mémorial du camp de Royallieu à Compiègne, au Centre mondial de la Paix à Verdun, dans plusieurs église à Strasbourg, en Belgique au Fort de la résistance de Breendonk et à la gare de Boortmeerbeek, dans une gare de déportation à Luxembourg, au Centre culturel franco-allemand de Karlsruhe, dans des festival tsiganes et des colloques du Conseil de l’Europe en Albanie, en Grèce, à Londres, à Sofia et à Cracovie).

francine mayran,peinture,mémoireComme le dit Picasso « La peinture n'est pas faite pour décorer les appartements. C'est un instrument de guerre offensive et défensive contre l'ennemi »… et pour moi l’ennemi, c’est la passivité et l’indifférence. Pour moi, la troisième génération a le devoir de penser la Shoah, parce qu’elle dit quelque chose de notre monde actuel où se vit la disparition de la responsabilité personnelle et une tendance à réduire l’homme à une unité comptable, dans cette Europe où l’intolérance et la xénophobie resurgissent par vagues barbares. Tout être humain, qu’il soit juif ou non, est travaillé par la Shoah, l’expression la plus radicale du nihilisme. Mon objectif est d’interroger les traces indélébiles de la Shoah pour les rescapés et l’humanité entière.

A partir de photos, de témoignages, traces historiques du passé, je me laisse avaler. Ces histoires personnelles, ces souffrances, ces difficultés de vivre et ces volontés de survivre, je les peins comme dans un lien de descendance pour que ces images restent, vivent et deviennent des instants du présent. A la fois peintre et psychiatre, c’est par une sympathie identifiante avec le rescapé, que je ressens intensément l’inacceptable, je transfigure l’image et le témoignage et les relie par une création personnelle picturale comme dans un lien de descendance.

Par des peintures de foule anonymes partant vers les camps et des rafles, je questionne la position de témoin de l’Histoire et la capacité individuelle à rester passifs ou à agir.

Par des peintures de groupes de déportés à la libération des camps, j’interroge le problématique retour des rescapés à la vie, après l’expérience abominable de la deshumanisation et celle d’avoir réalisé la capacité de l’homme civilisé à la barbarie.

Par 200 portraits à l’huile sur béton, je veux transmettre la dimension humaine de la Shoah et rappeler l’importance de chaque vie humaine. Des visages constellés de chiffres pour traduire des existences individuelles déshumanisées par la barbarie de la transformation des victimes en simples numéros. Mais ce sont des visages chaleureux où l’humain est plus présent, plus fort que l’inhumain pour transmettre la nécessité de développer notre sens humain pour nous opposer au mal qui est en germe en chacun de nous.

Au coté de victimes juives, ce sont ce sont des portraits de tsiganes, d’homosexuels, de résistants, de témoins de Jéhovah ou encore des handicapés. portraits échos de la mémoire de toutes les victimes.

Il s’agit pour moi de rendre la dignité à ceux qu'on voulait sans nom, montrer leur visage, leur regard, leur parole et leur nom et par là exposer une parcelle d'humanité. Ce sont des visages qui font se rencontrer un rescapé et un spectateur dans un échange d'humanité.

Par des portraits de Justes parmi les Nations et de personnes qui sauvèrent l’honneur de l’Humanité, je veux rappeler l’extraordinaire capacité de certains hommes au Bien et transmettre aux jeunes générations que certains, dans la noirceur d’un monde, surent garder leur liberté de penser et les valeurs des droits de l’Homme, pour repousser le mal.

Le rôle de l’art est d’interpeller, de toucher les coeurs et de susciter des questions qui invitent à aller vers l’Histoire pour la l’interroger. C’est ainsi que j’élabore des projets pédagogiques et que s’engage un travail de collaboration avec des enseignants européens pour réfléchir à l’apport de l’art à la transmission de la mémoire. Mon livre « Témoigner de ces vies – Peindre la mémoire » (Éditions du Signe, 2012) en est le vecteur. Mes peintures illustrent des fiches pédagogiques réalisées par le Conseil de l’Europe, dans le programme «Transmission de la mémoire de l'Holocauste et prévention des crimes contre l'humanité .

Pour la 20ème commémoration du génocide des Tutsis au Rwanda, j’ai créé une autre exposition “Apres la Shoah, on avait dit plus jamais ça… Et pourtant !”, une vingtaine de portraits sur sable rouge mémoires du génocide, accompagnés de textes écrits à 4 mains avec des rescapés. Avec des portraits de victimes, de survivants et de Justes, ce travail de mémoire s’articule sur la Shoah. C’est une exposition dont l’objectif n’est pas seulement de pleurer les morts, mais aussi de s’appuyer sur les survivants qui tentent, sans oublier leur passé, de reconstruire avec courage une nouvelle vie pour les descendants.

Construisant une chaine de transmission, l’exposition continue sa route et s’enrichit à chaque halte, de nouvelles toiles pour faire partager de nouvelles mémoires individuelles émouvantes et uniques et nous empêcher d’oublier.

Rappelons nous la phrase d’Albert Einstein : « Le monde est dangereux non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire ».

Beaucoup de projets sont en vue pour 2015 et bien que le parcours n’ait pas encore franchi la frontière helvète, il ne demande qu’a continuer.

Francine Mayran
Francine Mayran, peintre-céramiste et psychiatre strasbourgeoise, experte auprès du Conseil de l'Europe, née après la deuxième guerre mondiale, permet à la mémoire de la Shoah et d’autres génocides de s’incarner dans ses créations pour lier art, mémoires individuelles et histoire.
■ Telle une chaine de transmission, ses oeuvres (peintures, céramiques et textes) construisent un chemin de mémoire européen constitué d’une cinquantaine d’expositions reliant entre autre des lieux publics en France (Conseils régionaux, mairies, plusieurs églises, festivals tsiganes) et en Allemagne (le Centre culturel franco-allemand de Karlsruhe) et des mémoriaux en France (le Camp du Struthof, le Mémorial d’alsace-Moselle, le Mémorial du camp de Royallieu à Compiègne, le Centre mondial de la Paix à Verdun), en Belgique (le Fort de Breendonk et la gare de Boortmeerbeek), au Luxembourg (le Mémorial de la déportation), en passant par Londres et la reunion de l’IHRA (The International Holocaust Remembrance Alliance), et avec le Conseil de l’Europe en Albanie (Tirana), en Grèce (Thessalonique), en Bulgarie (Sofia), en Pologne (Cracovie).
■ Pour la 20ème commémoration du génocide des Tutsis au Rwanda, elle a créé 30 nouvelles oeuvres accompagnés d’un livret « Après la Shoah on avait dit plus jamais ça… et pourtant » écrit à 4 mains avec des Tutsi rescapés.
■ Son exposition « Témoigner de ces vies » a ouvert la programmation «Mémoire Paris Neuf» dans le cadre de la mission Mémoire de la Mairie du 9e ;
Elle a été intégrée par Alexis Govciyan, responsable de la mission 2015 du CCAF, dans le programme des manifestations en Ile de France du centenaire du génocide arménien 1915-2015. 30 nouvelles oeuvres mémoire du génocide arménien ont été présentées accompagnées du livret « 100 ans de déni ou le génocide des Arméniens ».
■ L’art est pour elle un complément à l’histoire. Là où l’histoire informe, ses oeuvres questionnent. Son objectif est de faire oeuvre de transmission en honorant la mémoire des victimes et en maintenant vivant le message des rescapés et d’éveiller les consciences en questionnant l'indifférence et interrogeant les traces indélébiles de tout génocide pour les rescapés, les descendants et l’humanité entière.
■ Comme un passeur de mémoire, elle prend le relais des derniers témoins directs qui peu à peu s'éteignent, pour s’adresser à de nouveaux témoins pour éviter l’oubli et sensibiliser au danger de répéter l'Histoire. Elle connecte des témoignages et des photos d’archive, traces objectives du passé, et les relie par une création personnelle comme dans un lien de descendance pour que ces images restent et vivent et qu'elles deviennent des instants du présent.
■ Par des peintures de foule anonymes, elle questionne la responsabilité des Hommes témoins de l’Histoire et la capacité individuelle à rester passifs ou à devenir un témoin actif. Par des portraits sur béton, elle transmet les mémoires individuelles et symbolise l’humanité des victimes, en leur rendant leur visage et leur nom. Avec des numérotations, elle symbolise les traces laissées par la barbarie chez les victimes, les descendants et toute l’humanité. Mais pour elle, l’humain reste toujours plus fort que l’inhumain Par des portraits de Justes parmi les nations qui sauvèrent l’honneur de l’Humanité, elle rappelle l’extraordinaire capacité de certains hommes au Bien, eux qui représentent pour les générations à venir des lumières dans la noirceur d’un monde.
■ Son oeuvre se veut être un message de vie, un espoir en l’avenir, rappelant à chacun la valeur des droits de L’homme et la valeur inestimable de chaque vie humaine.
■ Elle intervient chez les scolaires et élabore des projets pédagogiques afin que l'art au coté de l’histoire, interpelle les jeunes, les rende conscients de la capacité de barbarie de l’homme civilisé, du danger de la négation de l’homme et du reniement de l'humanité et leur rappelle la dimension humaine de l’Holocauste pour qu'ils perpétuent à leur tour la transmission. Avec le Conseil de l'Europe, elle engage un travail avec les enseignants européens pour réfléchir à l’apport de l’art à la transmission de la mémoire.
■ Refusant la concurrence des mémoires, ses créations se veulent être écho de la mémoire de toutes les victimes, des Juifs, des Tsiganes, des homosexuels, des résistants, de Témoins de Jéhovah ou encore des handicapés.
■ Ses peintures font partie de collections publiques et illustrent des fiches pédagogiques réalisées par le Conseil de l’Europe, dans le cadre du programme «Transmission de la mémoire de l'Holocauste et prévention des crimes contre l'humanité ».
http://memoirescritiques.blogs.nouvelobs.com/archive/2016/11/23/temoigner-de-ces-vies-peindre-la-memoire-594348.html

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